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Elbows up : la résilience économique se joue aussi sur le guidon

Rémy Dunoyer |

Mobilité · Résilience · Travail

Cycliste en veste rouge roulant devant les montagnes canadiennes et la tour CN

Reprendre le contrôle de ses déplacements : la résilience économique commence par un trajet qu'on maîtrise.

L'équipe Repair and Run · Montréal · Toronto · Ottawa · Vancouver · Québec

En bref : Un vélo, un vélo électrique ou une trottinette électrique ramène le coût tout compris par kilomètre à environ 0,50 $ CA, soit trois fois moins qu'une camionnette diesel à 1,65 $ CA, avec sept fois moins d'émissions (Les Boîtes à vélo, 2023). Pour une entreprise ou un ménage canadien, c'est une décision de résilience économique : moins d'argent qui quitte le pays, plus de dépenses qui restent locales.

Elbows up : la résilience économique, ça se joue aussi sur le guidon

« Elbows up » est devenu le réflexe canadien face aux tensions commerciales et aux prémices de récession : on se protège, on reste debout, on reprend le contrôle. Ce réflexe a sa place dans la rue, au travail, et aussi dans vos déplacements.

On voit de plus en plus de gens entrer en magasin avec une question très concrète : « si les choses se corsent, comment je protège mes dépenses et comment je continue à travailler ? » La réponse tient en trois outils : le vélo, le vélo électrique et la trottinette électrique. Ce n'est pas un article sur le vélo. C'est un article sur la résilience économique, la souveraineté et le bien-être.

1. Ce que les crises nous ont déjà appris

Le Canada a déjà eu ses répétitions générales.

COVID-19

Quand les chaînes d'approvisionnement ont cassé, les délais pour une pièce de véhicule utilitaire sont passés de quelques jours à plusieurs mois. Les entreprises qui pouvaient livrer à vélo sont restées en activité. Les autres ont attendu une pièce. C'est exactement à ce moment que les grandes sociétés de livraison ont accéléré leurs programmes de vélos cargo.

Le choc pétrolier de 2022

Le Centre for Future Work, l'organisme de l'économiste Jim Stanford, a chiffré l'impact sur les Canadiens : environ 200 milliards de dollars en trois ans. Pendant cette période, les compagnies pétrolières ont encaissé des profits records. Quand le pétrole décide de monter, ce n'est pas vous qui décidez. Vous subissez.

Les grèves et les pénuries de carburant

Blocages de raffineries, ruptures d'approvisionnement en diesel : chaque fois, la première file d'attente est celle des véhicules à moteur. Et chaque fois, les vélos, les vélos électriques et les trottinettes électriques continuent de rouler.

200 G$Coût des chocs pétroliers pour les Canadiens en trois ans, jusqu'à la fin de 2024Centre for Future Work 50 %Contre-tarifs canadiens sur des centaines de produits américainsGouvernement du Canada 1,4 %des navetteurs canadiens dépendent principalement du vélo, un taux stable depuis des annéesStatistique Canada

Aucune de ces crises n'a été prévue. Toutes étaient prévisibles dans leur principe. La décision qui protège se prend avant, pas pendant.

Les tarifs et la guerre commerciale

Le Canada a imposé des contre-tarifs allant jusqu'à 50 % sur des centaines de produits américains, visant environ 20 milliards de dollars de biens, dont l'acier, l'électronique et le pétrole. La liste officielle est publiée par le gouvernement du Canada. L'effet est simple : tout ce qui traverse la frontière coûte plus cher, et ça finit par se retrouver dans le prix des pièces, des véhicules et des réparations. Quand un véhicule dépend de pièces importées, votre facture d'entretien devient une variable politique que vous ne contrôlez pas.

2. Moins d'argent à la pompe, plus d'argent dans l'économie canadienne

C'est la dimension la plus importante en ce moment : la souveraineté économique.

Un véhicule à essence est fabriqué ailleurs, approvisionné en pièces ailleurs, et alimenté par un carburant raffiné dans des chaînes que vous ne maîtrisez pas. Le choc de 2022 l'a démontré : 200 milliards de dollars sont sortis de l'économie canadienne, sans retour.

À l'inverse, un vélo, un vélo électrique et une trottinette électrique se réparent avec des pièces et de la main-d'œuvre que vous trouvez ici. Ils se réparent dans un magasin de votre quartier, par des gens qui vivent dans la même ville que vous. Et l'électricité qui les alimente est produite en grande partie au Canada, notamment au Québec.

Chaque kilomètre parcouru autrement qu'à l'essence est un kilomètre qui n'envoie pas votre argent à l'étranger. Moins nous dépendons du pétrole importé, plus notre argent de fonctionnement reste dans nos rues, nos commerces et nos emplois. La résilience d'un ménage et la résilience du pays, c'est le même geste.

Vélo cargo transportant des enfants et des sacoches

La résilience d'un ménage, c'est la même logique : un vélo cargo qui remplace le deuxième véhicule, c'est une dépense en moins qui sort de la maison chaque mois.

3. Le calcul qui parle à tout le monde

Les arguments qui convainquent le plus ne sont pas écologiques. Ce sont des arguments de comptable. Une étude du réseau Les Boîtes à vélo a calculé le coût complet au kilomètre d'un véhicule utilitaire, achat, énergie et entretien inclus. Voici les montants convertis en dollars canadiens :

Poste Utilitaire diesel Vélo cargo à assistance électrique
Coût complet par km ≈ 1,65 $ CAD ≈ 0,50 $ CAD
Émissions de GES référence ÷ 7

Environ trois fois moins cher au kilomètre. Et ce n'est pas là que l'écart est le plus brutal : c'est dans les postes que personne ne budgète.

« Certains professionnels avaient un budget contravention de plus de 1 400 $ par mois et par véhicule avant de passer au vélo. »
Damien Garreau, cofondateur de Jhog (Angers), cité dans une étude des Boîtes à vélo

Ajoutez le stationnement, l'assurance, les bouchons et l'entretien lourd. Ce sont des dépenses qui ne produisent rien : elles vous remettent au point de départ, chaque mois.

Pour les courts trajets, la trottinette électrique suit la même logique : elle coûte une fraction du prix d'un véhicule thermique au kilomètre et se glisse là où la camionnette ne peut pas aller. Et bonne nouvelle : plusieurs programmes canadiens, provinciaux et municipaux offrent des incitatifs à l'achat de vélos électriques pouvant aller jusqu'à 1 400 $, selon l'endroit où vous habitez.

L'électrification a tout changé. Il y a dix ans, « vélo utilitaire » voulait dire pédaler en sueur pour livrer trois colis. Aujourd'hui, l'assistance électrique a effacé les deux vieux obstacles : la distance et les côtes. On peut faire quinze kilomètres sans arriver en nage, monter une côte avec trente kilos de matériel, et le faire en jeans. C'est cette électrification qui a rendu le vélo crédible pour du vrai travail : celui des livreurs, des techniciens, des artisans, des familles. Ce n'est plus un compromis sportif, c'est un outil de transport.

4. Les géants ont déjà fait le calcul pour vous

Le vélo cargo n'est pas un geste symbolique : c'est un outil de travail. Et la meilleure preuve, c'est que les plus grosses sociétés de logistique du Canada l'utilisent.

  • → FedEx a lancé son programme de vélos cargo électriques à Toronto en 2020, une première pour les Amériques. C'est devenu l'un de ses programmes les plus importants.
  • → Purolator, l'un des plus grands noms du colis au Canada, livre en vélo cargo à Toronto, tout comme NationEx.
  • → À Vancouver, la coopérative Shift Delivery livre en triporteurs depuis des années, avec des vélos cargo capables de porter jusqu'à 230 kg chacun.
  • → UPS teste et déploie des vélos cargo dans plusieurs villes.

Ces entreprises ne font pas de sentiment : elles ont testé, mesuré et conclu que le vélo fait le travail, plus vite et moins cher en ville. Vous n'avez pas à les convaincre. Elles sont déjà convaincues.

Livreurs de la coopérative Shift Delivery sur triporteurs électriques à Vancouver

Shift Delivery, la coopérative de livraison de Vancouver : des triporteurs électriques capables de porter jusqu'à 230 kg chacun. Un métier qui tourne, douze mois par année, avec FedEx, Purolator et NationEx qui font la même chose à Toronto.

5. Le dividende humain : la santé, le moral, l'énergie

Protéger votre budget, c'est bien. Protéger les gens, c'est mieux.

Moins de jours de maladie

Une étude de l'Institut finlandais de santé au travail, publiée dans le Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, a comparé des navetteurs actifs à des navetteurs motorisés :

  • → 8 à 12 % moins de congés de maladie chez ceux qui roulent environ 61 km par semaine à vélo ;
  • → risque réduit de 18 % pour les absences de 10 jours ou plus ;
  • → en moyenne, 4,5 jours de maladie de moins par année.

Pour une entreprise, un jour de maladie évité par employé, c'est une ligne de paie qui ne sort pas et un service qui ne se désorganise pas.

Un système de santé soulagé

Selon Vélo Québec et l'outil HEAT de l'Organisation mondiale de la santé, les adultes québécois ont cumulé 305 millions d'heures de vélo en 2025, ce qui représente 350 décès évités par année et plus de 3,3 milliards de dollars d'économies en santé, près de 5 % des dépenses du gouvernement du Québec. Pendant que ces dépenses augmentent de 6,8 % par année.

Et il y a le plaisir, tout simplement

On parle beaucoup de coûts et de productivité, mais il faut dire l'autre moitié de la vérité : rouler, c'est agréable. Ce n'est pas un argument faible, c'est un argument documenté.

Une méta-analyse de 87 études menées dans 19 pays, publiée en 2026, a examiné l'effet du vélo sur le bien-être humain. Les résultats sont sans ambiguïté :

  • → 67 % des mesures de bien-être psychologique montraient une amélioration après une pratique du vélo ;
  • → 100 % des interventions menées en plein air rapportaient un effet positif sur le bien-être affectif, l'humeur et les émotions ;
  • → 100 % des études rapportaient un effet positif sur le bien-être social : plus de liens, moins de solitude, une communauté plus forte ;
  • → et 52 % des mesures cognitives montraient des gains, notamment sur la vitesse de traitement et l'attention.

Un autre courant de recherche a comparé l'humeur des usagers selon leur mode de déplacement. Un constat revient systématiquement : les personnes qui se déplacent à vélo sont les plus heureuses, et ce, même quand les chercheurs neutralisent l'effet de la santé physique. Autrement dit, ce n'est pas seulement parce que les cyclistes sont en meilleure forme. C'est le fait de rouler en soi qui fait du bien.

L'explication tient en partie à un sentiment d'accomplissement : on avance par soi-même, on sent le vent, on voit la ville autrement, on arrive en ayant déjà fait quelque chose dans sa journée. Sur un vélo ou une trottinette, on n'est pas coincé dans une boîte à regarder un pare-chocs. On est dehors, présent, et maître de son trajet.

Et dans une période d'anxiété économique, ça compte pour quelque chose de réel. Un employé qui arrive au travail de bonne humeur après quinze minutes de vélo n'est pas le même employé que celui qui arrive après quarante minutes d'embouteillage. Une équipe qui prend plaisir à se déplacer, c'est une équipe qui reste.

6. Et l'hiver, alors ?

Cycliste roulant dans une rue enneigée

Rouler l'hiver, ce n'est plus une question de météo : les pistes du centre-ville sont déneigées, le déneigement gagne du terrain, et les fatbikes comme les vélos à pneus larges ont pris le relais.

L'objection numéro un au Québec mérite une réponse honnête. Et la réponse, c'est que les villes ont changé avant nous.

Dans la plupart des centres-villes, les pistes cyclables sont déneigées. C'est un fait qu'on oublie : le déneigement n'est plus un obstacle théorique dans les quartiers denses, il fait partie de la routine hivernale des villes canadiennes depuis des années. Et de plus en plus, ce déneigement s'étend au-delà du centre-ville, vers les quartiers résidentiels et les artères de banlieue. Ça progresse chaque hiver.

Et surtout, le matériel a suivi. Le fatbike a ouvert la voie, et il n'est plus le seul : de plus en plus de vélos, de vélos électriques et de trottinettes sont conçus ou équipés pour rouler sur la neige et la glace, avec des pneus larges, des crampons et des moteurs qui gardent leur couple par temps froid. On voit de plus en plus de gens qui ne rangent plus leur vélo en novembre, ils changent juste de pneus.

Le vrai frein, c'est l'équipement, pas la météo

La météo défavorable n'est citée comme frein que par 18 % des cyclistes québécois, loin derrière les distances trop grandes (41 %) et le transport de trop de choses (25 %), exactement ce que le vélo électrique et le vélo cargo font tomber. Autrement dit : ce qui arrête les gens, ce n'est presque jamais la neige. C'est de ne pas avoir le bon vélo, les bons pneus et les bons vêtements.

Le scénario réaliste, ce n'est pas de remplacer votre véhicule : c'est de le sortir moins souvent. Un vélo, un vélo électrique ou une trottinette électrique pour les trajets courts et la belle saison, le véhicule pour les charges exceptionnelles et les longues distances. Le calcul penche pendant huit mois sur douze, et c'est déjà énorme.

7. Par où commencer, concrètement

  1. → Mesurez vos trajets réels. Sortez les données de vos véhicules : combien de kilomètres se font en ville, dans un rayon de 10 km, à moins de 5 km du point de départ ? Au Québec, 39 % de la population habite à moins de 5 km de son lieu de travail. Selon Vélo Québec, de 32 à 55 % des trajets motorisés pourraient être faits à vélo cargo à assistance électrique. Jusqu'à un trajet sur deux.
  2. → Identifiez une seule tournée à convertir. Pas la flotte, une tournée. C'est ce qui a fonctionné dans tous les cas documentés.
  3. → Choisissez l'outil selon la charge, pas selon la peur. Un vélo cargo pour le volume, un vélo électrique pour les déplacements de 5 à 15 km, une trottinette électrique pour le dernier kilomètre et les correspondances.
  4. → Testez sur une saison. Le calcul se fait sur huit mois, pas sur trois semaines.
  5. → Prévoyez l'entretien. Un vélo qui reste sur la route doit pouvoir se réparer vite et localement.

8. La résilience en une phrase

Ne dépendez pas d'une seule façon de vous déplacer. Ayez-en deux. Ou plus.

Le jour où la première se bloque, prix à la pompe, pièce introuvable, file d'attente, vous ne vous arrêtez pas : vous changez de mode. C'est ça, être prêt.

Il y a une phrase qui revient chez toutes les personnes qui ont fait le virage : « on aurait dû commencer plus tôt. » Pas parce que c'était difficile, mais parce que chaque mois passé dans le vieux modèle est un mois de coûts variables qui ne reviendra jamais.

Les prémices de récession ne sont pas une raison d'attendre. Ce sont une raison d'agir, calmement, avec des chiffres, un trajet à la fois. Elbows up, et les mains sur le guidon.

Passez nous voir en magasin : on regarde vos trajets réels avec vous, pas la fiche technique.

Pour aller plus loin

Passez nous voir en magasin Montréal · Toronto · Ottawa · Vancouver · Québec Keeping You Moving! Faut que ça roule !

Sources

  • → Ville de Toronto, page « Cargo Bikes » : FedEx, NationEx et Purolator utilisent des vélos cargo électriques à Toronto ; programme municipal d'appui depuis 2022. toronto.ca
  • → FedEx : programme de vélos cargo électriques lancé à Toronto en 2020, premier des Amériques. fedex.com
  • → Shift Delivery (Vancouver) : flotte de triporteurs d'une capacité allant jusqu'à 230 kg par unité. citychangers.org
  • → Centre for Future Work (Jim Stanford) : choc pétrolier de 2022, environ 200 milliards de dollars de coûts pour les consommateurs canadiens en trois ans. centreforfuturework.ca
  • → Vélo Québec, L'état du vélo au Québec 2025 : 4,54 M de cyclistes ; 6,48 M de vélos détenus ; 39 % de la population à moins de 5 km du travail ; 32 à 55 % des trajets motorisés remplaçables ; 305 M d'heures de vélo ; 350 décès évités et 3,3 G$ d'économies en santé (outil HEAT de l'OMS). velo.qc.ca
  • → Statistique Canada : environ le tiers (34 %) des quartiers canadiens n'ont pas d'infrastructure cyclable (2022) ; 1,7 G$ de ventes au détail de vélos et accessoires au Canada en 2023. statcan.gc.ca
  • → Les Boîtes à vélo (2023) : coût complet de 1,13 €/km (≈ 1,65 $ CAD) pour un utilitaire diesel contre 0,35 €/km (≈ 0,50 $ CAD) pour un vélo cargo à assistance électrique ; émissions de GES divisées par sept. Conversion en dollars canadiens à titre indicatif.
  • → Institut finlandais de santé au travail, Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports : données sur les congés de maladie des navetteurs actifs.
  • → Méta-analyse de 87 études menées dans 19 pays (2026), sur les effets du vélo sur le bien-être : 67 % des mesures de bien-être psychologique en amélioration, 100 % des interventions en plein air avec un effet positif sur le bien-être affectif, 100 % des études avec un effet positif sur le bien-être social, 52 % des mesures cognitives en amélioration.
  • → Recherche sur l'humeur selon le mode de déplacement (Clemson University et University of Pennsylvania, étude diffusée en 2014 et reprise depuis) : les personnes se déplaçant à vélo sont les plus heureuses, résultat qui tient même en neutralisant l'effet de la santé physique. bikeleague.org
  • → « Happiness on wheels: what makes cyclists happy », revue scientifique sur les déterminants du bonheur chez les cyclistes. tandfonline.com
  • → StreetRides, Rabais et incitatifs canadiens pour les vélos électriques 2026 ; eBikeBC, Rabais et incitatifs pour vélos électriques au Canada : certains programmes permettent d'économiser jusqu'à 1 400 $ à l'achat. streetrides.ca / ebikebc.com